Né à Grenoble en 1953, Roland Mercadal a entretenu très tôt un rapport privilégié à la peinture. Précocement doué pour le dessin, il découvre à dix ans la technique à l’huile, qu’il pratique d’abord seul, dans une approche rousseauiste, donc intuitive, de la nature. Emerveillé par les couleurs des montagnes alpines, il se sent une vocation de paysagiste et suit les leçons de Lucien Quénard (1902-1995) puis les conseils d’Hippolyte Mouthier (1880-1975), lui même formé aux Beaux-Arts de Paris par Jean-Léon Gérôme. C’est ainsi qu’il se forge une solide technique, dans le sillage de Jules Flandrin (1871-1947), lui-même élève de Gustave Moreau et ami de Marquet. C’est aussi dans une galerie grenobloise qu’il découvre Olivier Debré et son rapport original à la matière et au paysage. Distingué en 1971 par un jury présidé par l’architecte Albert Laprade, membre de l’Institut, il s’adonne à sa passion en même temps qu’il suit ses études de Lettres et se plonge activement dans le monde de l’orgue.

Roland Mercadal a connu une enfance modeste et une adolescence laborieuse mais ses dons précoces pour les Beaux-Arts et son intérêt pour les Lettres ont illuminé ses années d’apprentissage.Issu d’un milieu modeste, il se constitue une culture picturale essentiellement livresque. La fréquentation des grands musées français viendra plus tard, puis les voyages en Europe et ensuite en Inde. Soucieux des « règles de l’art », fidèle à la figuration, il cultive un certain réalisme, mais avec un intérêt particulier pour la couleur. Il admire les maîtres à la touche vigoureuse et à la palette contrastée : Greco , Hals, Fragonard, Tiepolo, Turner, Daumier, Monet, Van Gogh et, pour ceux qui furent inspirés par les Sables d’olonne, Marquet, Rischmann et Pierre-Bertrand. Comme ce dernier, il pratique sur site de préférence.

Car ce qui a d’abord séduit son oeil , chez les maîtres toscans par exemple, ce sont les paysages délicats qu’on voit à l’arrière des portraits de la Renaissance ! Il sera donc attiré par les calmes étendues d’un Ruysdael ou l’atmosphère d’un Corot… Conscient d’être l’héritier d’une tradition, il réalise plusieurs carnets au pastel gras, notamment en Martinique, dont la lumière lui fait « voir » Gauguin aux Marquises. Et il réintroduit le noir ! Il ne sera donc pas surpris, ayant aimé le Rajasthan, d’aimer la peinture de Sujata Bajaj. Un voyage au Japon lui fera mieux sentir ce que la création artistique doit à la Nature et aux grands Maîtres.

De la couleur avant toute chose ! Son style évolue des contrastes de la Provence, qui le conduisent à travailler au couteau, aux nuances du Val de Loire et à la douceur du pinceau. Puis stimulé par le peintre Noël Roch, il se lance dans une série de portraits, grâce auxquels il se sent une affinité inattendue avec Lucian Freud. Mais c’est au paysage qu’il revient, grâce aux Sables d’olonne.

C’est d’ailleurs son épouse qui lui a fait découvrir cette ville. Ebloui par la lumière qui baigne les Sables et le pays olonnois, il peint ses paysages non pour imiter la Nature mais pour mieux s’y plonger, tendant ainsi de fixer quelques visions éphémères d’une rare beauté. C’est ce qui le relie aussi à un certain esprit de la peinture chinoise, où l’homme occupe peu de place. Si sa peinture s’inspire du réel, c’est qu’elle vise à en restituer l’équilibre, la paix, l’harmonie. Peindre, c’est méditer ! Pour qui pratique l’assise silencieuse orientale, pour qui sait voir un paysage dans ce qu’il nous dit du monde et de nous-mêmes, la peinture est un « yoga royal ».

Foncièrement autodidacte – ce qui explique probablement sa vocation de pédagogue – formé aux Humanités classiques, il considère que son intelligence doit tout à l’enseignement laïque traditionnel qu’il a reçu mais que sa sensibilité, dans un esprit qui remonte au XVIIIème siècle, n’est pas étrangère au contact avec la Nature et avec la spiritualité occidentale. C’est cependant l’Orient, et surtout l’ Inde,qui constitue le pôle de sa maturité.

Très tôt passionné par l’orgue, qu’il pratique en amateur éclairé, il a été marqué par les personnalités exceptionnelles de l’organiste Marcel Dupré et du musicologue Norbert Dufourcq. Se voulant humaniste, il a régulièrement travaillé la peinture à l’huile et se serait volontiers spécialisé en linguistique romane. D’une jeunesse souvent picaresque il a su retenir nombre d’expériences, de souvenirs et de documents qui, à défaut d’avoir conduit à une soutenance de thèse, sont désormais disponibles en lieux sûrs à l’attention du public et des spécialistes comme d’authentiques aspects du patrimoine commun.

Marié à Christine Burel, père d’une fille et quatre fois grand-père, cet ancien élève de l’ Ecole normale supérieure de Cachan, agrégé de Lettres modernes, est actuellement professeur honoraire hors classe.